Depuis dix ans, le collectif théâtral du Colonel Astral a un talent fou pour secouer les limites habituellement tracées entre réalité et fiction.
Dans NASHA MOSKVA, son premier spectacle, en 2015, trois interprètes (Marie Bos, Estelle Franco et Francesco Italiano, fondateur·ices du collectif avec Guillemette Laurent) jouaient trois aliénés… qui jouent obsessionnellement Les Trois sœurs d’Anton Tchekhov. Était-on dans leur chambre, dans la campagne de Moscou… ou tout simplement dans une salle de théâtre ?
Avec TODOS CAERÁN, créé en 2021, on retrouvait nos trois fous de théâtre, qui voyaient débarquer dans leur jeu (de quille) un type (joué par Renaud Cagna) prétendant être Don Quichotte, bien que son cheval soit une brouette et que sa Dulcinée se nomme Andy.
Pour L’ÈRE DU VERSEAU, sa toute nouvelle création, le Colonel Astral confirme son goût des remixes littéraires, en orchestrant la rencontre entre La Cerisaie de Tchekhov et La Mère de Brecht. En scène, le collectif s’ouvre à une distribution de 8 interprètes, qui réunit trois générations sur le thème d’un basculement du monde. « Le point commun des deux pièces, c’est l’idée de transition », nous explique le collectif. « Là où Tchekhov est polysémique et tisse plein de fils narratifs, Brecht est univoque, direct et va droit au but. Mais les deux textes nous interrogent sur le passage d’un monde à un autre. »
Après cinq années d’errance, une femme revient dans sa maison d’enfance. Elle y retrouve ses proches, les fantômes de sa mère et de son petit garçon noyé. Mais la propriété et son immense Cerisaie doivent être vendus pour dette. Malgré les conseils et avertissements de leur amie Sacha, ancienne esclave devenu femme d’affaires, Lioubov et son frère Gaiev semblent peu enclin à agir pour sauver ce à quoi ils disent tenir par-dessus tout.
Pendant les mois qui précèdent la date fatidique, une petite troupe de théâtres vient jouer, épisodiquement, une pièce dans laquelle des gens, en marge du système dominant, s’unissent pour renverser l’ordre du monde. Ces petits moments de théâtre ont-ils une incidence sur la vie des protagonistes?
L’ÈRE DU VERSEAU, en mêlant La Cerisaie de Tchekhov et La Mère de Brecht traite du passage inévitable que nous sommes en train de vivre collectivement, réalisant que le monde tel que nous l’avons connu ne peut plus être et que nous devons envisager une autre manière de l’embrasser.
L’ÈRE DU VERSEAU est une allégorie puissante de notre réalité collective, invitant à la réflexion sur un avenir plus solidaire. Selon l’astrologie, nous serions actuellement dans une période de transition, à cheval entre l’Ère du Poisson et l’Ère du Verseau. Un moment de bouleversements et de transformation profonde, où les valeurs matérielles cèdent la place à une recherche de sens et de conscience collective.