Sacrée meilleure humoriste au Burkina, le public a pu récemment découvrir l’étendue du talent d’Edoxi Gnoula dans Harriet Tubman, passeuse de l’ombre. Elle nous revient au Théâtre Océan Nord avec la reprise de Legs (suite), un seule en scène captivant créé lors de notre premier festival, Mouvements d’identité. Une création mise en scène par Philippe Laurent rencontré lors du festival Les Récréâtrales à Ouagadougou. Ce sont ses ateliers Carte d’identité qui ont inspiré Edoxi et l’ont amené à lier son histoire personnelle à la Grande Histoire. Legs (suite) nous narre le récit d’une jeune femme qui s’interroge sur son statut d’enfant “bâtarde”. Edoxi a été élevée par sa mère et n’a jamais été reconnue par son père, qui habitait pourtant dans le même quartier pauvre de Ouagadougou. Nulle complainte dans ce travail, c’est plutôt la rage qui cogne aux fenêtres. Au père qui abandonne ses enfants vient répondre le dictateur qui abandonne la nation, par un raccourci poétique et politique fulgurant. Dans cette pièce pleine d’humour et de colère, Edoxi Gnoula nous transporte au cœur d’un maquis africain dont elle interprète avec talent tou·te·s les occupant·e·s.
Edoxi Gnoula incarne une foule de philosophes de comptoir débattant sur les figures qui ont façonné le Pays des Hommes Intègres, en particulier Thomas Sankara, qui lutta pour développer son pays, combattre la corruption, alphabétiser la nation. Avec un don inouï pour jongler avec les accents, les postures, les regards, la comédienne passe d’un personnage à l’autre en un simple déhanchement, une paire de lunettes, un dos voûté, une intonation de voix. Les transformations sont à la fois imperceptibles et hallucinantes... Avec LEGS (suite) , c’est ni plus ni moins qu’un petit miracle qui se produit, celui de rendre palpable une destinée vécue à des milliers de kilomètres de nous.
Catherine Makereel, LE SOIR
Edoxi Gnoula, incroyable et instinctive artiste Burkinabè, découverte par Isabelle Pousseur pour Songe d’une nuit d’été (Théâtre National, 2012), comédienne hors pair aux allures androgynes, dans ce costume taillé pour homme. Elle ne trahit que peu à peu sa féminité dans un monologue goûtu, plein de verve, aux accents d’abord politiques pour des propos sortis tout droit des brèves de comptoir. Endossant tour à tour le rôle des différents protagonistes, Edoxi Gnoula défend Thomas Sankara (né en 1949, assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou), Che Guevara africain, adulé par les uns, détesté par les autres, ou accuse son successeur, Blaise Compaoré, d’être un dictateur. Puis se demande pourquoi on dénonce les fonctionnaires qui viennent boire des bières dans le maquis.Le tout ponctué d’attitudes, d’expressions et d’un jeu plus parlants que les mots. Bien présente également, la sensorialité, l’invitation à manger le foie, la tête de porc qui fume, les intestins à l’ail, à baisser le son en arrière fond… Toute l’Afrique s’invite à travers elle.
Laurence Betels, LA LIBRE AFRIQUE
Texte Edoxi Gnoula Mise en scène Philippe Laurent Création lumières Nicolas Sanchez Régie Idrissa Sawadogo
Production Théâtre Océan Nord Coproduction la Coop asbl, Shelter Prod Soutiens Fédération Wallonie-Bruxelles Service du théâtre, Taxshelter.be, ING, Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge.