" Inavouable " d'Éric Assous
Namur - Namur
Pourquoi faire entendre un texte qui parle du cancer ? Je vais poser la question autrement. Pourquoi ne pas parler du cancer ?
Le cancer touche indifféremment jeunes et vieux, hommes et femmes. Nous serons tous·tes en contact un jour ou l’autre avec une personne atteinte de cette maladie. Un cancer prend des mois, des années de nos vies. Parfois il prend nos vies.
Florence Crick a la particularité d’avoir une double casquette : comédienne et infirmière en oncologie. Elle connait son sujet.
La colonne vertébrale du texte est une parole politique, tenue par une infirmière, qui parle de la déshumanisation des conditions de travail du corps médical et de l’intensité des rapports humains vécus entre les soignant·es et les malades. La pièce met également en lumière la contradiction entre le temps court imposé au monde hospitalier qui, de plus en plus, doit se soumettre aux mêmes impératifs de rendements que des sociétés privées, et le temps long nécessaire aux soins de qualité. Deux temporalités s’opposent.
Outre la dénonciation d’un système qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions et régresse de plus en plus, le texte comporte des moments sensibles, bouleversants, avec le surgissement des patient·es qui peuplent les souvenirs de l’infirmière, toutes ces personnes qui ont traversé sa vie et qui hantent encore son esprit. Ces fantômes s’imposent à elle, ne la lâchent pas et réclament leur place dans l’histoire du monde.
La maladie, la dépression, la mort sont très présentes – inévitablement. Mais elles sont traitées avec pudeur et légèreté afin de mettre en avant non pas le tragique des situations mais l’humanité des relations qui se créent entre les patient·es et les soignant·es ainsi qu’avec le public.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de relations entre des êtres qui ne se connaissaient pas avant que la maladie apparaisse et qui vont avancer ensemble sur un chemin périlleux. Au-dessus de cette relation plane la mort mais surtout, au cœur de ce lien, pulse la vie.