A propos
À la croisée du romantisme et du modernisme, Rachmaninov, Reger et Scriabine sont confrontés aux défis d’un monde en pleine transformation. Mélancolie teintée de modernité, symbolisme pictural, extase mystique : les frontières s’estompent, l’expression personnelle triomphe.
Énergie cosmique et libération spirituelle
L’Amérique ne fut jamais une véritable patrie pour Rachmaninov : on trouvaitson style romantique dépassé, et les nouveaux courants musicaux ne l'inspiraient guère. Ce Quatrième Concerto pour piano témoigne de sa quête d'une identité musicale renouvelée ; jamais il n’a travaillé aussi longtemps et intensément à une œuvre. Le résultat ? Un concerto oscillant entre romantisme et modernisme, imprégné de mélancolie, de grotesque et d’élan flamboyant.
En guise de transition vers le Poème de l'extase de Scriabine, Max Reger donne vie aux tableaux mystérieux d'Arnold Böcklin. Ses Vier Tondichtungen invitent à un voyage musical fantasque, hésitant entre solitude intime et fête populaire déchaînée.
Un messie appelé à transformer le monde par sa musique : tel se voyait Alexandre Scriabine, sans la moindre modestie. « Lorsque tu écoutes le Poème de l’extase, regarde droit dans l’œil du soleil ! », demanda-t-il à un ami. L’œuvre est une véritable orgie de luxuriance musicale, à l’image du poème (quelque 300 vers !) qu’il écrivit lui-même pour l’accompagner. Malgré son mysticisme nébuleux, elle parvient à évoquer l’intemporalité dont rêvait Scriabine, débordante d’énergie et d’extase.
Flagey, Brussels Philharmonic