À travers Mythica, Ghita Remy transpose notre histoire aux mythes. Dans son travail, les strates de récits s’entrelacent, figures antiques, images archaïques, fantasmes enfouis, et ressurgissent jusqu’à nous de manière presque organique. Le mythe n’y est jamais figé : il se transforme, se déplace, passe de l’image à la parole, de la parole au symbole, puis du symbole à de nouvelles images. Toujours en métamorphose.
Présentation de l'exposition
Ghita Remy s’intéresse aux moments où la connaissance vacille, là où le savoir cède la place à l’imaginaire. La découverte de fossiles a parfois donné naissance à des créatures fabuleuses telles que la licorne ou le dragon, mais aussi à des récits mythiques et fondateurs. Certains vestiges ont ainsi été interprétés comme les traces d’événements majeurs, à l’image du déluge biblique, rapproché des grandes extinctions révélées par la recherche fossile et la stratigraphie.
Loin de toujours démentir ces récits, l’archéologie et l’émergence de la science ont parfois cherché à les confirmer, inscrivant figures légendaires et mythes anciens dans une lecture renouvelée de l’histoire du monde. Dans ces glissements, réel et fiction se confondent. Le sol devient alors une archive incertaine, à la fois mémoire et projection où chaque fragment porte déjà en lui une pluralité de récits.
Au cœur de cette recherche se trouve la figure du vagina dentata (du latin « vagin denté »), mythe universel associant peur et désir, attraction et menace. À travers cette image, Ghita Remy interroge la manière dont les objets incarnent ces récits primordiaux : objets-fossiles, objets-fantasmes, objets-archétypes. Elle modèle, empreinte et duplique. Les formes se modifient, les symboles se télescopent, les images fusionnent, laissant apparaître un inconscient collectif inscrit dans la matière.
Ces formes ambiguës oscillent entre vestige archéologique, objet rituel et fiction spéculative. Objet scientifique ou relique factice, chaque pièce évoque une archéologie à venir, à la fois fascinante et inquiétante, qui interroge ce que notre époque laissera derrière elle. Cette réflexion dialogue également avec notre présent technologique : à l’heure où les images se reproduisent à l’infini, où l’intelligence artificielle puise dans une vaste mémoire collective d’images et de récits, que deviennent nos mythes ? Quels nouveaux corps, quelles nouvelles peurs, quels nouveaux désirs émergent ?
Érotisme, menace, attraction, répulsion : Ghita Remy sonde la frontière trouble où l’objet appelle le fantasme autant qu’il le dévore. Parce que le mythe n’est jamais mort. Il ne cesse de se réinventer entre nos mains.
A propos de l'artiste
Ghita Remy est une artiste belgo-italienne pluridisciplinaire, née à Florence le 27 août 1996. Issue d’une famille de célèbres peintres, elle a été immergée dans le monde de l’art depuis son plus jeune âge. Cependant, elle a également nourri une passion pour l’archéologie et la paléontologie, influençant ainsi profondément son parcours artistique. Ghita a obtenu un diplôme en illustration à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles avant de se spécialiser en sculpture et en gravure à l’Académie Royale des Beaux-Arts. Ses œuvres, présentées lors de diverses expositions, explorent des thématiques de réflexion liées à l’archéologie et aux sciences naturelles. Elle a approfondi ces sujets en autodidacte et développe des concepts muséographiques à travers ses installations. Ses planches scientifiques ont été exposées en décembre 2023 au Musée de la Gravure de La Louvière, et ses fossiles à l’exposition exceptionnelle sur la Matière Première au Centre International d’Art contemporain à Nice.
Elle se spécialise dans l’exhumation du futur, imaginant notre stratification archéologique contemporaine à travers le concept de capsules temporelles et de fossilisation, et ce que ces éléments pourraient révéler de notre civilisation, oscillant entre science et mythe, entre histoire alternative et fiction. Elle planifie des récits spéculatifs sur nos déchets plastiques, vestiges sensibles et évocateurs que nous laissons derrière nous sur la Terre.
Ghita aspire à créer un dialogue entre l’art et la science, offrant une perspective unique sur les interactions entre ces domaines. Ses projets visent à rendre visibles et accessibles des thématiques incitant le public à réfléchir sur l’avenir de notre héritage archéologique à travers le cadre muséal et sur la manière dont les générations futures pourraient interpréter nos vestiges. A travers cette perspective, elle analyse aussi la relation au temps, au spectateur et à la mémoire collective.