A propos
En 1966, la pièce sociopolitique Shahr-e Ghesseh (« La Cité des contes ») fut présentée à Téhéran. Dans cette mise en scène de Bijan Mofid, les acteur·ices incarnent des animaux derrière des masques. Bien qu’elle n’ait été jouée que neuf mois, elle demeure une pièce emblématique du théâtre iranien. En 2012, des prisonniers politiques en Iran entreprennent d’en monter une nouvelle version.
Le rôle de « l'Âne » fut d'abord confié à un détenu qui, après plusieurs répétitions, fut libéré. Le personnage passa à un autre prisonnier, libéré à son tour peu après. Ce cycle se répéta plusieurs fois, faisant surgir sur scène, à chaque passation, un mélange d’espoir et de réalité brute. Les rôles circulent, les corps s’en vont, mais la pratique théâtrale persiste. Plus qu’un récit carcéral, il s’agit d’une constellation d’instants où le théâtre surgit d’une dissociation entre incarnation et corps. En 2026, Dashti et Ahmadpour reviennent au festival avec une performance magistrale et fidèle à la radicalité de leur œuvre, érigeant le théâtre en acte de résistance.
Noli Me Tangere (« Ne me touche pas ») considère le rôle comme une entité autonome du corps et utilise le théâtre pour exaucer un rêve suspendu : le retour sur scène d'un acteur emprisonné. Une question demeure : lorsque le corps est captif, le rôle peut-il devenir l’espace où s’apprend l'émancipation ?