Avec Timelapse, Emilie Terlinden transforme les images en formes autonomes, ambiguës, issues d’un lent travail de fragmentation et de peinture.
Au cœur de l’exposition, une œuvre monumentale in situ, inspirée du diorama de Daguerre, déploie une scène en mutation où lumière et temps deviennent matière.
Présentation de l'exposition
Emilie Terlinden investit le Museum du Botanique avec un ensemble de peintures et une réinterprétation du Diorama de Daguerre.
Le travail d’Emilie Terlinden commence par une transformation des images. Avant toute intervention picturale, elle les manipule physiquement : elle les découpe, les plie, les fragmente et les recompose. Ce processus, à la fois lent et précis, modifie profondément leur apparence et leur sens, les éloignant de leur fonction première d’images identifiables.
Les sources visuelles sont multiples, allant de la peinture européenne aux images de la vie quotidienne. Une fois ces fragments assemblés, ils forment des compositions denses où se croisent références classiques et formes contemporaines, évoquant aussi bien la nature morte que l'abondance visuelle du baroque.
La peinture est essentielle lors de la phase finale du travail. Elle unifie les fragments, élabore les textures, les surfaces et les détails, et confère une cohérence globale à l'œuvre. Ainsi, les images deviennent des formes autonomes, traitées comme un matériau distinct.
L'artiste intègre dans ses œuvres une ambiguïté délibérée. Les formes ne cherchent pas à être identifiées précisément ; leur but est de créer une tension entre ce que l'on croit reconnaître et ce qui demeure flou.
Cette approche visuelle capte le regard et demande une attention soutenue. Le travail d'Emilie Terlinden n'a pas pour but une seule interprétation. Il invite le·la spectateur·ice à une relation sensorielle avec l'image, basée sur l'observation, la perception des textures et la compréhension du processus de changement.
Le diorama
À l’origine, ce dispositif associait peinture de grande taille et variations de lumière pour produire des transformations perceptibles d’une même image. Dans ce projet, la lumière et la durée ne sont plus de simples conditions d’exposition : elles deviennent des éléments fondamentaux de l’œuvre.
Présentée en 2026, année marquant le bicentenaire de l’invention de la photographie, cette création acquiert une dimension historique singulière. Daguerre, avant d’être associé au daguerréotype, fut l’un des acteurs majeurs de ces recherches à la frontière de la peinture, de la scénographie et de ce qui sera plus tard nommé l’image animée.
S'appuyant sur des sources historiques incomplètes et des descriptions fragmentaires, l'artiste adopte une méthode expérimentale proche de l'archéologie visuelle. Son approche ne vise pas à reconstituer un diorama à l'identique, mais plutôt à en proposer une interprétation libre. Cette interprétation est façonnée par les techniques anciennes et imprégnée de son propre vocabulaire plastique. Elle intègre des figures inspirées de Brueghel, des motifs floraux, des paysages recomposés et des déformations typiques de son travail.
Le dispositif, conçu sur deux faces, relève successivement une scène de jour et une scène de nuit grâce à une transition lumineuse progressive. Ici, la lumière ne fait pas qu'éclairer l'image : elle la transforme profondément. L'œuvre renoue ainsi avec un art de l'illusion et de la métamorphose, issu des premières expériences visuelles, à la croisée de la peinture et du mouvement, et invite le public à percevoir le temps comme une matière sensible.
Emilie Terlinden (née en 1983 à Bruxelles, Belgique) est une artiste plasticienne dont la pratique picturale s’inspire des maîtres flamands, explorant le dialogue entre abstraction et nature morte. Titulaire d’un Master en Arts visuels de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles (2018), elle intègre dans son travail des éléments de l’imagerie de la Renaissance et des objets du quotidien pour créer des compositions complexes aux accents baroques. Les œuvres de Terlinden font partie de la prestigieuse Belfius Art Collection, ainsi que de nombreuses collections privées. Elle a exposé dans des galeries telles que DMW Gallery à Anvers, Galerie DYS à Bruxelles et Gomulan Gallery à Amsterdam, et a participé à d’importantes foires d’art, dont Art Antwerp et Art Rotterdam et Art Brussels. Son travail a également été présenté dans des expositions collectives au Kanal Centre Pompidou à Bruxelles, au Musée Ianchelevici à La Louvière et au Palais Oppenheim à Cologne. Parmi ses distinctions figurent le Prix Laurent Moonens (2018), une mention spéciale au Prix Jos Albert (2020), ainsi que des sélections pour le Prix Jean et Irène Ransy (2017 et 2020), en plus de plusieurs nominations à d’autres prix artistiques de renom. Basée à Bruxelles, elle est représentée depuis 2025 par la Whitehouse Gallery, elle poursuit une démarche où influences historiques et esthétiques contemporaines se rencontrent dans une approche innovante de la peinture.